L’Institut Pestalozzi pour les jeunes filles
(1806-1837)

En 1806, Pestalozzi, sensible à l’éducation que les filles doivent aussi recevoir, ouvre dans le bâtiment de l’Hôtel de ville, au No 2, à l’Aigle royal, un Institut pour jeunes filles. Dans les premières années de cet Institut, c’est Magdalena Custer-Pestalozzi-Fröhlich, veuve de Jakobli et remariée à un des maîtres du château, qui en a la responsabilité et l’intendance.

Quant à l’enseignement, il est dévolu aux maîtres de l’Institut des garçons, car les matières enseignées sont les mêmes pour les filles que pour les garçons. Dès 1809, l’Institut est dirigé par Rosette Kasthofer, d’origine bernoise, alors âgée de 30 ans et qui connaît Pestalozzi. Adepte de ses idées, elle est l’une des premières femmes en Suisse à s’intéresser à l’émancipation et aux droits de la femme.

Maîtrisant bien la langue française - ayant séjourné plusieurs mois à Paris- elle épousera en 1814 le principal collaborateur de Pestalozzi, le pasteur Johannes Niederer. Ils recevront l’Institut comme cadeau de mariage de lapart de Pestalozzi.

L’Institut pour jeunes filles accueille chaque année une quinzaine d’externes yverdonnoises et de 20 à 36 pensionnaires de Suisse et de pays étrangers. Ces enfants provenant aussi bien de milieux sociaux pauvres qu’aisés reçoivent une instruction et une éducation complètes basées sur le respect et l’amour : formation pédagogique, physique, spirituelle et affective.

Et pour qu’un tel programme ait toutes les chances d’atteindre ses objectifs, l’enseignement est donné selon le système des classes à niveaux. Celles-ci sont au nombre de trois : enfants de 5 à 9 ans ; enfants et jeunes filles de 9 à 18 ans ; enfin séminaire pédagogique pour futures enseignantes et éducatrices.

Dans cet Institut, quatre langues sont enseignées, priorité est donnée au français et à l’allemand, y compris l’orthographe, la grammaire, la littérature ; l’anglais et l’italien selon les classes et le degré d’avancement des élèves.

Les autres matières enseignées sont l’arithmétique, la comptabilité,la géométrie, la géographie, les sciences naturelles, l’environnement,l’histoire, la philosophie, les bonnes mœurs, la religion, la gymnastique, la rythmique, le chant, le dessin. Pour les jeunes filles, futures épouses et maîtresses de maison, les travaux féminins, le ménage, la cuisine,l’éducation sexuelle.

L’Institut des demoiselles durera plus longtemps que l’Institut du château, réservé aux garçons. Entre 1813 et 1836, plus de six cents élèves et enseignantes ont reçu leur formation et leur éducation de Rosette Niederer-Kasthofer et de ses collaborateurs et collaboratrices. Ces jeunes femmes sont des Suissesses de la ville et de la campagne, et pour les autres des Allemandes, Françaises, Italiennes, Anglaises et Russes, de confession catholique, protestante ou orthodoxe. Certaines seront éducatrices pour toutes les couches sociales – y compris royales – et tous les niveaux scolaires.

En 1837, la Commune d’Yverdon, refuse de vendre l’Hôtel de ville No 2 à Johannes et Rosette Niederer-Kasthofer. Ceux-ci quittent la ville pour Genève où ils établissent un nouvel institut pour jeunes filles, s’en référant toujours à la méthode Pestalozzi.